Des barons locaux aux adeptes de la « gouvernance partagée »

Donner l’exercice des fonctions locales à de nouveaux élus est le départ d’une nouvelle politique, d’une vision plus moderne de la démocratie et de son usage. Il est temps de changer nos barons locaux pour préparer nos territoires aux défis de demain.

La nouvelle génération de maires élue en 2020 et portée par la vague verte, plus soucieuse d’écologie, de mobilités douces et de démocratie locale, diffère sensiblement des anciens barons, attachés aux grands projets et à une gouvernance plus verticale.

«Faire œuvre. » Ainsi s’exprimait, en 1995, ­Alain ­Juppé, candidat à la mairie de ­Bordeaux. Inauguration du tramway, rénovation des quais de la ­Garonne, édification de quartiers… Après vingt ans passés au palais ­Rohan, l’ancien Premier ministre aura transformé la « belle endormie ».

Juin 2020, coup de tonnerre dans la capitale girondine : l’écologiste ­Pierre ­Hurmic est élu dans le fauteuil de maire. « Je vais pacifier », déclare-t-il alors, promettant au passage une « nouvelle gouvernance ». Végétalisation, pistes cyclables, rues réservées aux enfants… Près d’un an et demi après son élection, l’écologiste a imposé son style.

« Leadership horizontal »

Au-delà de la ­Gironde, ce changement de visages symbolise cette nouvelle génération d’élus, et leurs façons de gouverner la ville. « De la figure du maire patron, grand notable à la tête de réseaux, prônant un leadership vertical, on observe un changement vers un maire animateur d’une équipe municipale, avec un type de leadership horizontal, dans l’idée notamment de recréer une vie associative et démocratique locale », analyse ­Pascal ­Perrineau, ancien directeur du centre de recherches politiques de Sciences-po.

Cette tendance a été observée lors du Grand débat national, lancé en janvier 2019 par le président de la République après la crise des « gilets jaunes. » Marqués par la défiance à leur égard, les maires se sont alors mués en garants des débats entre citoyens, organisés un peu partout. Un mouvement qui se voit, selon le politologue, dans l’ensemble de la classe politique, de gauche à droite.

Dans cette évolution renforcée par les élections municipales de 2020, le rapport à la transformation de la ville qu’entretiennent ces nouveaux élus comparativement à leurs aînés est parlant. « Il y a eu un basculement normatif, explique ­Nicolas ­Maisetti, chercheur au laboratoire techniques, territoires et sociétés de l’université Gustave-­Eiffel de ­Marne-la-Vallée. De la valorisation du maire bâtisseur, on est passé à la stigmatisation du maire bétonneur. »

Villes « frugales »

A Lyon, le projet du centre d’­affaires de La Part-Dieu illustre ce changement de paradigme. De la « skyline » verticale vantée par l’ancienne équipe municipale, le dossier a été réévalué pour intégrer davantage de végétalisation, d’horizontalité et de logements, au détriment des bureaux. « On a hérité parfois d’un urbanisme trop minéralisé. On planche désormais sur un autre modèle, notamment centré sur la végétalisation », abonde Vincent ­Gatel, adjoint à la « ville accueillante » à ­Poitiers.

Dans ces villes qui se veulent plus « concrètes », « résilientes » et « frugales », selon la terminologie employée par les municipalités vertes, la pratique de la végétalisation des centres-villes symbolise ce passage d’édiles entrepreneurs de grands projets à des maires recentrés sur un développement modéré­ de la ville. « On ne veut pas juste inaugurer un bâtiment et couper le ruban. On veut plutôt faire évoluer les pratiques. C’est une autre temporalité », avance ­Alice ­Wanneroy, adjointe au maire de Tours chargée de la transition ­agroécologique.

Recentrage sur le local

Autre signe de cette évolution des profils, le rapport des nouveaux élus à la politique nationale. « En dehors d’­Edouard ­Philippe au ­Havre, les carrières de maire ne se jouent plus à ­Paris, souligne le politologue ­Rémi ­Lefebvre. Le local est devenu indépendant du national. »

Un recentrage également visible sur la question du cumul des mandats locaux. De nombreux entrants, à l’image de ­Léonore ­Moncond’huy à ­Poitiers, ont ainsi refusé de cumuler le portefeuille de maire avec celui de président d’une communauté urbaine. Une manière, là encore, d’afficher son intérêt plus marqué pour le local et la proximité, discours en vogue dans un contexte de défiance accrue à l’égard de la classe ­politique.

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